Un potier m'a expliqué un jour que tout se joue avant même de monter le vase. L'argile posée sur le tour tourne d'abord de travers, et tant qu'elle n'a pas été ramenée au centre, aucune force au monde n'en tirera une forme droite. Le geste qui la centre est presque immobile : les mains se posent avec calme et laissent la terre venir se ranger contre elles, sans jamais la brusquer. Les débutants s'épuisent à corriger le vase pendant qu'il monte, alors que le défaut se cachait dès le départ dans un centre jamais trouvé. J'y repense les matins où la journée s'annonce pleine. Nous voulons monter la forme tout de suite, alors qu'un moment de mains posées aurait mis le reste d'aplomb. Autour de quel centre est-ce que je laisse ma journée se ranger, ce matin?