Les luthiers racontent qu'un violon laissé trop longtemps dans sa boîte perd lentement sa voix. Le bois se referme quand personne n'en joue, et l'instrument le plus précieux finit par sonner sourd, tandis qu'un violon modeste joué chaque jour s'ouvre et s'embellit d'année en année. La musique le traverse et le transforme; il garde en lui quelque chose de toutes les mains qui l'ont fait vibrer. Je crois que les maisons obéissent à la même loi. Une maison sans visite se tait peu à peu, si belle soit-elle, alors qu'une maison traversée de voix et de pas prend une chaleur qu'aucun rénovateur ne sait poser. Nous protégeons parfois si bien ce qui nous est cher que nous l'empêchons de vivre. Qu'est-ce que je garde dans sa boîte, ces temps-ci, qui ne demande qu'à être joué?