On dit que l'année commence en janvier, mais quiconque a déjà tenu un cahier d'école sent bien qu'elle recommence en septembre. La lumière elle-même semble le savoir : elle arrive de plus bas et dore les choses au lieu de les écraser, comme si le monde baissait la voix. Personne n'a jamais vu le moment exact où l'été devient l'automne. La forêt ne fait pas d'annonce; elle glisse d'une saison à l'autre, une feuille à la fois, et un matin l'air a changé de goût sans qu'on puisse dire quand. J'aimerais apprendre à changer de cette manière-là. Nous attendons souvent une grande date ou une grande décision pour devenir quelqu'un d'autre, alors que les vraies bascules se font comme les saisons, par mille gestes trop petits pour être remarqués. Quel changement est déjà en train de s'accomplir en moi, une feuille à la fois?