Les cartes anciennes avaient une honnêteté que les nôtres ont perdue : elles laissaient du blanc là où le monde restait inconnu. Le cartographe dessinait la côte jusqu'où les navires l'avaient vue, puis il posait sa plume et laissait la page vide, parfois avec une note qui avouait qu'on ne savait pas. Aujourd'hui nos écrans remplissent tout, chaque rue a son nom et chaque chemin son temps de parcours, et il ne reste plus de place pour l'aveu. J'y pense quand un voyageur pousse la porte de l'auberge : chaque personne qui arrive est une carte dont je n'ai vu que la côte. Je pourrais deviner le reste à partir d'un accent ou d'un manteau, mais deviner et connaître sont deux choses, et le blanc mérite mieux qu'une invention. Peut-être que l'inconnu se tient mieux comme un espace laissé ouvert, le temps que la personne le dessine elle-même. Quelle partie de ma carte est-ce que j'ai remplie trop vite, cette semaine?