Il y a une drôle de porte entre les gens, et elle s'ouvre plus vite autour d'un jeu qu'autour d'une conversation. Deux inconnus qui s'assoient face à face pour parler doivent d'abord se trouver un sujet, tandis que deux inconnus qui posent des dés entre eux ont déjà tout ce qu'il faut. Le jeu fournit les règles et le rythme, il donne une raison de rester assis, et le reste arrive tout seul dans les silences entre les coups. J'ai vu des gens se raconter leur vie entière au-dessus d'un damier sans presque jamais lever les yeux, parce que regarder ailleurs rend l'aveu plus facile. Les tavernes du Moyen Âge avaient compris cela bien avant nous en gardant toujours un plateau près du feu. Un bon jeu est peut-être un prétexte honnête, une façon de dire à quelqu'un que nous avons du temps pour lui sans jamais avoir à le formuler. À qui est-ce que je pourrais offrir une heure de cette sorte, cette semaine?