Les tisserands d'autrefois travaillaient souvent par l'envers de leur ouvrage. Pendant des mois, ils ne voyaient que des nœuds et des fils coupés, tandis que le motif se composait de l'autre côté du métier, hors de leur regard. Il leur fallait une confiance étrange pour nouer chaque fil à sa place en sachant que la beauté du travail resterait cachée jusqu'à ce que l'ouvrage soit retourné. Je crois que nos journées se tissent de la même manière. Nous n'en voyons que l'envers, avec ses efforts inachevés et ses gestes dont nous doutons, alors que le dessin se forme sur une face que nous ne pouvons pas regarder. Il arrive qu'un visiteur nous décrive le motif bien avant que nous l'ayons deviné, parce qu'il se tient du bon côté de la trame. Quel fil suis-je en train de nouer aujourd'hui, sans voir encore ce qu'il dessine?