Un sentier en forêt n'a jamais été construit par personne, et pourtant il existe. Chaque marcheur qui l'emprunte le dessine un peu plus, sans le vouloir, simplement en posant ses pas là où d'autres ont posé les leurs. Des inconnus qui ne se rencontreront jamais collaborent ainsi à travers les années : celui qui passe en mai travaille pour celle qui passera en octobre. J'y pense souvent quand je marche : je suis à la fois l'héritier de tous ceux qui sont passés avant moi et le bienfaiteur de tous ceux qui viendront. Nos coutumes, nos langues, nos recettes fonctionnent de la même manière, tracées par des milliers de passages dont personne n'a signé l'œuvre. Il y a quelque chose d'apaisant à contribuer à une chose qui ne portera jamais notre nom. Sur quels sentiers est-ce que je marche aujourd'hui, et lesquels suis-je en train d'ouvrir sans le savoir?