Il existe deux façons d'arriver quelque part : la première fois, où tout est découverte, et la deuxième, où quelque chose nous reconnaît. J'aime les premières visites pour leur vertige, mais je crois que c'est la deuxième arrivée qui fait d'un lieu un port d'attache. Le voyageur qui revient franchit la porte autrement; il sait où poser son manteau, il retrouve sa chaise comme on retrouve une phrase laissée en suspens. Entre ces deux visites, un mystère s'est accompli en silence : un inconnu est devenu un habitué, sans qu'on puisse dire à quel moment précis la bascule a eu lieu. Les amitiés naissent de la même manière, jamais pendant la rencontre elle-même, mais dans le geste de revenir. Revenir, c'est voter avec ses pas pour ce qui compte. Vers quoi, vers qui, est-ce que je reviens sans même y penser?