Le mois d'août a cette drôle de tâche : préparer du feu en pleine chaleur. On corde le bois sous le soleil, les bras nus, pour des soirées qu'on n'arrive même pas encore à imaginer. Chaque bûche rangée aujourd'hui est un cadeau posé d'avance pour celui que je serai en janvier, un inconnu de moi-même qui aura froid et qui trouvera la réserve pleine. J'aime penser qu'une corde de bois est une lettre écrite à quelqu'un qu'on n'a jamais rencontré : soi-même, dans six mois. Beaucoup de nos gestes les plus généreux fonctionnent ainsi; ils ne se récoltent pas dans la saison où on les pose. Planter, épargner, apprendre, pardonner : autant de bûches cordées pour des hivers dont on ignore encore la date. Qu'est-ce que je corde aujourd'hui pour celui que je ne connais pas encore?