Autrefois, avant de monter se coucher, celui qui tenait le foyer ne laissait pas le feu mourir. Il rassemblait les braises au centre de l'âtre et les couvrait de cendre, assez pour qu'elles dorment sans s'éteindre, et au matin un souffle suffisait à relancer la flamme. Le geste s'appelait couvrir le feu, et il en dit long sur une certaine manière d'habiter. Je crois que les lieux d'accueil vivent de la même patience : entre deux visiteurs, quelque chose doit rester chaud sous la cendre, sinon chaque arrivée redevient un départ à froid. Cette chaleur gardée ne se voit pas. Elle tient dans une table déjà mise dans la tête, dans une histoire que l'aubergiste a envie de raconter à la prochaine personne qui poussera la porte. Qu'est-ce que nous laissons dormir sous la cendre, le soir, pour que demain reparte d'un souffle?