Dans bien des maisons d'autrefois, on dressait un couvert de plus que le nombre de convives attendus. Personne ne savait qui viendrait s'y asseoir, et c'était justement le sens du geste : la place existait avant la personne. J'aime cette idée qu'une chaise vide puisse être une forme d'attention plutôt qu'un manque. Elle dit à celui qui frappera tard que la maison l'avait prévu sans le connaître, et elle rappelle à ceux qui sont déjà assis que le cercle n'est jamais fermé. Nous faisons souvent l'inverse : nous remplissons nos tables, nos horaires et nos têtes jusqu'au bord, puis nous nous étonnons que rien de neuf n'y trouve place. Garder une chaise libre demande un peu de foi, celle de croire que quelqu'un vaudra le dérangement. Où est-ce que je pourrais laisser une place vide aujourd'hui, au cas où l'inconnu passerait?