Chaque année au début d'août, les Perséides traversent le ciel, et chaque année j'oublie la leçon qu'elles répètent. Pour les voir, il faut d'abord éteindre : les lampes, les écrans, la conversation. Puis il faut attendre, parce que l'œil met une bonne vingtaine de minutes à s'ouvrir vraiment à l'obscurité; le ciel qui semblait vide se peuple alors d'étoiles qu'on aurait juré absentes. Elles étaient là depuis le début, et c'est nous qui n'étions pas prêts à les recevoir. Je me demande combien de choses fonctionnent ainsi : des présences discrètes qui n'apparaissent qu'à ceux qui restent assez longtemps dans le noir sans le fuir. La patience n'est peut-être que cela, laisser à nos yeux le temps de s'accorder à ce qui est déjà là. Qu'est-ce que je déclare absent, ce soir, simplement parce que je n'ai pas encore attendu assez longtemps?