À l'auberge, j'ai remarqué que les voyageurs les plus heureux sont souvent ceux qui arrivent avec presque rien. Un petit sac, deux livres, et cette aisance de ceux qui ont accepté d'avance de manquer de quelque chose. Voyager léger demande un drôle de courage : chaque objet laissé derrière est un pari que le monde fournira ce qu'il faut, ou qu'on saura s'en passer. Les bagages lourds racontent souvent une peur, celle d'avoir besoin d'une chose précise à un moment précis et de ne pas l'avoir. La route enseigne pourtant le contraire : on se souvient des rencontres, jamais du chandail de rechange. Je crois qu'on porte nos vies comme nos valises, remplies de précautions dont la seule utilité était de nous rassurer au moment de les remplir. Qu'est-ce que je traîne encore aujourd'hui qui ne sert qu'à peser?