Le soir, quand la maison retrouve son silence, il reste la vaisselle des invités. Je pourrais expédier la corvée, mais chaque tasse a été tenue par des mains que je ne connaissais pas la veille, et la laver ramène la journée au ralenti : une conversation au coin de la table, un rire qui a surpris tout le monde, un silence confortable entre deux inconnus. Les moines disent que la façon de faire une petite chose révèle la façon de faire toutes les choses. Alors je prends mon temps, l'eau chaude sur les mains, une tasse à la fois. Il n'y a rien à réussir dans ce geste, et c'est peut-être pour ça qu'il repose autant. Quand la dernière tasse sèche sur le comptoir, on dirait que la journée elle-même a été déposée là, propre, prête à être rangée.