Un héron s'est installé au bord de la rivière, et depuis quelques matins je le regarde pêcher en buvant mon café. En apparence, il ne fait rien : une patte dans l'eau, le cou replié, immobile au point de passer pour un bout de bois gris. Puis l'éclair, une seconde à peine, et le poisson est pris. Une heure de silence pour un seul geste. Nous vivons à l'envers de lui, cent gestes à l'heure et si peu de silence, et nos poissons nous échappent souvent. Lui semble savoir que l'attente fait partie de la pêche autant que le coup de bec. J'aimerais tenir ma journée comme il tient la sienne : longtemps immobile, prêt, et vif au seul moment qui compte.