Les framboises sont arrivées d'un coup le long de la clôture, comme chaque fin de juillet. C'est un fruit qui ne sait pas attendre : cueilli le matin, il veut être mangé le jour même, et celui qu'on laisse sur la tige pour demain est souvent déjà passé. Cette abondance ne se négocie pas : on se présente à son heure ou on la manque. Alors les bols circulent vers la table des invités, et les enfants reviennent de la clôture les doigts tachés de rouge, incapables d'attendre le bol. Je pense à tout ce qui mûrit de la même façon dans une vie : une conversation devenue possible, un pardon, l'âge exact où un enfant veut encore qu'on le porte. Ces choses-là n'attendent pas non plus que notre horaire se libère. La clôture est pleine cette semaine; qu'est-ce qui est mûr, là, dans ma journée, et que je remets à demain?