Août est le mois où les jardins perdent toute retenue : les tomates mûrissent plus vite qu'on ne peut les manger, les courgettes doublent de taille dès qu'on a le dos tourné. Alors on remplit des paniers et on se met à donner, aux voisins, aux passants, à quiconque veut bien tendre les mains. Personne n'appelle ça un sacrifice; le surplus demande lui-même à circuler, et le garder serait la seule façon de le perdre. J'aime cette générosité qui ne coûte rien parce qu'elle vient du débordement, comme un rire qu'on ne réussit pas à retenir. Peut-être que toute vraie abondance fonctionne ainsi : elle se reconnaît au moment où elle cherche des mains vers qui aller. Les personnes les plus généreuses que je connais donnent avec cette même légèreté, comme si elles laissaient simplement passer ce qui déborde. Qu'est-ce qui mûrit en moi, ces jours-ci, qui demande seulement à être donné?