Dans les campagnes, il reste des murs de pierres sèches montés sans une once de mortier, et plusieurs tiennent debout depuis des siècles pendant que des murs cimentés de la dernière génération se fendent au premier grand gel. Le secret des maçons qui les élèvent tient dans la patience du geste : chaque pierre est tournée dans les mains jusqu'à ce qu'elle trouve la face qui épouse ses voisines, et celle qui ne convient nulle part est déposée à côté, parce que son trou l'attend plus loin dans le mur. Rien ne colle ces pierres ensemble; elles se retiennent les unes les autres, et le léger jeu laissé entre elles permet au mur de respirer avec le gel au lieu de se rompre. J'y vois une leçon pour les tablées d'inconnus. Personne ne se cimente à personne; chacun cherche l'angle par lequel il touche ses voisins, et l'ensemble tient précisément parce qu'il garde un peu de jeu. Les liens les plus durables que je connaisse ont cette souplesse de pierre bien posée. Où est-ce que je mets du ciment, ces temps-ci, là où un simple ajustement suffirait?