Aujourd'hui, quelque part dans la grande course de la Terre, le jour et la nuit pèsent exactement le même poids, et dès demain la balance aura penché du côté des soirées longues. J'aime que le calendrier garde une fête pour un équilibre qui ne dure pas : l'équinoxe se traverse comme un col de montagne, un pied encore dans l'été et l'autre déjà dans l'automne, sans qu'on puisse s'y bâtir une maison. Le funambule connaît bien ce genre de point. Son équilibre est fait de petites pertes rattrapées l'une après l'autre, et s'il s'immobilisait pour le conserver, c'est là qu'il tomberait. Nous cherchons pourtant l'équilibre comme un lieu où s'installer, entre le travail et le repos, entre les autres et soi, et nous nous en voulons de ne jamais réussir à y rester. Les saisons suggèrent une autre manière : passer par le point juste assez souvent pour que l'ensemble des jours, lui, soit juste. Quel équilibre est-ce que j'essaie de retenir immobile, alors qu'il me demande d'avancer?