Certains matins d'août se lèvent enveloppés de brume, et le monde entier semble réduit à quelques pas de large. La forêt, les collines, la route : tout existe encore, mais sur parole. Marcher là-dedans m'enseigne une chose que mes plans ne m'enseignent jamais : quelques mètres de visibilité suffisent pour avancer, et le chemin se dévoile à mesure qu'on lui fait confiance. Nous exigeons pourtant de nos vies une clarté que la nature n'accorde presque jamais; nous voulons voir la route entière avant de poser le premier pas. La brume a sa propre générosité : elle rend le monde à petites doses, un pas à la fois, et redonne au paysage le plus familier son air de première fois. Puis le soleil monte, le voile se lève, et on découvre qu'on a traversé sans encombre tout ce qu'on ne voyait pas. De combien de mètres de visibilité ai-je vraiment besoin, ce matin, pour faire le premier pas?