À l'auberge, les au revoir sont aussi fréquents que les bienvenues, et j'ai mis du temps à comprendre qu'ils demandent le même soin. Accueillir quelqu'un, tout le monde sait à peu près comment faire; le laisser repartir sans le retenir, c'est un autre métier. Il y a une tentation discrète dans l'hospitalité : vouloir garder, transformer chaque passage en attache, mesurer la réussite d'une rencontre au fait qu'elle se prolonge. Mais un invité reste un voyageur, et le plus beau cadeau à lui offrir au matin du départ, c'est une porte qui s'ouvre aussi grand qu'à son arrivée. Les rencontres complètes n'ont pas besoin de durer pour avoir eu lieu; certaines conversations d'un soir m'accompagnent depuis des années, portées par des gens dont je n'ai jamais su le nom de famille. Aimer que les gens viennent et aimer qu'ils repartent, c'est peut-être la même tendresse, regardée des deux côtés de la porte. Qu'est-ce que je tiens encore, ce matin, qui demande seulement à reprendre la route?